Revue des marchés du 4e trimestre 2025

Les marchés boursiers mondiaux ont progressé modestement au cours du quatrième trimestre, surmontant de nombreuses inquiétudes, notamment une fermeture du gouvernement américain de 43 jours qui a entraîné un vide de communications de la part du Bureau of Labor Statistics sur l’état de l’économie. Cela, combiné à l'effort apparemment incessant de l'administration Trump pour chercher des ennemis, tant au pays qu'à l'étranger, a provoqué une recrudescence de volatilité, mais pas assez pour que les investisseurs veuillent altérer le positionnement de leur portefeuille de manière radicale. Dans ce contexte, l'indice Net Total Return Index du S&P 500[1] a progressé de 2,56 %, portant les gains du début de l'année à 17,43 %. L'indice MSCI All Countries World, plus large, a fait légèrement mieux, affichant un gain de 3,37 % pour le trimestre et de 18,44 % pour l'année. L'indice S&P TSX Composite Index, très axé sur les ressources, a surpassé la plupart des autres indices avec un gain de 6,25 % pour le trimestre et de 31,67 % pour l'année. Soulignons au passage qu'environ un tiers des gains du S&P TSX Composite en 2025 étaient attribuables à l'exposition de l'indice au secteur des métaux précieux, même si le secteur représentait moins de 10 % du poids de l'indice au 1er janvier 2025. Ces rendements sont exceptionnels dans le contexte de la correction survenue au début de l’année. À ce propos, c'est comme si le psychodrame tarifaire n'avait pas eu lieu. À ce jour, Bloomberg estime que les droits de douane effectifs aux États-Unis étaient juste en dessous de 17 % en novembre 2025. Cependant, la Commission du commerce international des États-Unis (U.S. International Trade Commission), utilisant un autre calcul, estime que le taux effectif pondéré par le volume de biens importé est plus proche de 10 %, en partie parce que certains tarifs annoncés n'ont pas encore été appliqués. En supposant que tant les exportateurs que les importateurs ont absorbé une partie de la facture additionnelle, cela explique pourquoi il n'y a pas eu d'impact significatif sur l'inflation. L'autre raison est que les États-Unis sont une économie extrêmement diversifiée et mature, qui ne dépend pas excessivement du commerce. En fait, la part des importations en pourcentage du PIB américain diminue depuis 20 ans et était inférieure à 15 % à la fin de 2023.

Du point de vue du style, le facteur qualité a connu une reprise et a surpassé les autres facteurs[2]. Certains segments très spéculatifs des marchés qui ont enregistré une forte reprise après le creux d'avril ont essuyé des replis importants au cours du trimestre. C’est le cas notamment des sociétés impliquées dans la recherche et le développement d’ordinateurs quantiques qui se sont effondrées malgré des rumeurs d'une possible participation minoritaire du gouvernement américain. De même, les actions des sociétés liées aux cryptomonnaies ont chuté tandis que Bitcoin semblait avoir été mis à rabais bien avant le Cyber Monday. Le Bitcoin a chuté de près de 30 % au cours du quatrième trimestre et les pertes se sont poursuivies jusqu'en janvier. Nous sommes perplexes face à la performance des cryptomonnaies à un moment où le thème de la dévaluation de la monnaie papier semble prendre de l'ampleur.

Il est important de noter que, malgré sa position dominante dans le développement de l'intelligence artificielle, les marchés boursiers américains ont sous-performé la plupart des marchés actions en 2025. En considérant les mouvements des devises, la sous-performance des actions américaines fut encore plus prononcée. Une année ne fait pas une décennie, mais nous croyons qu'une année comme 2025 confirme le bénéfice de la diversification sur plusieurs dimensions, notamment la dimension géographique. Anecdotiquement, la sous-performance des actions américaines s'est poursuivie en janvier 2026.

Le marché des titres à revenu fixe a semblé parfois nerveux, mais la plupart des segments ont terminé avec des rendements positifs au cours du trimestre. Jerome Powell avait déjà annoncé à Jackson Hole en août que la Réserve fédérale arrêterait son programme de resserrement quantitatif, mais il est allé un peu plus loin au cours du trimestre en annonçant qu'elle reprendrait son programme d'achat de bons du Trésor américain. Par ailleurs, la modification d’une règle affectant le ratio d'endettement supplémentaire des banques a été annoncée, permettant ainsi aux banques de détenir davantage de bons du Trésor américain dans leur bilan. Certains estiment que la modification de cette règle en apparence banale débloque jusqu'à 4 trillions de capacité d'achat supplémentaire pour les plus grandes banques, ce qui est proche de l'émission anticipée de bons du Trésor pour les prochains trimestres. Dans ce contexte, les indices ICE BofA Canada Broad Market Index, ICE BofA Global Government Bond Index et le ICE BofA Global Corporate & High Yield Index ont gagné respectivement 1,42 %, 0,41 % et 2,11 % au cours du trimestre.

Les marchés des matières premières ont été extrêmement dispersés au cours du quatrième trimestre. Le secteur de l'énergie a décliné en raison des préoccupations persistantes liées à l'excès d'offre, tandis que les marchés des métaux, menés par une hausse historique du complexe des métaux précieux, ont compensé la faiblesse du segment énergétique. Dans l'ensemble, l'indice S&P GS Commodities Index a affiché un gain de 0,97 % au cours du trimestre. L'indice a toutefois progressé de près de 10 % en janvier 2026, alors que le froid glacial a mis le réseau électrique américaine sous pression et provoqué une hausse des prix de l’énergie tandis que le secteur des métaux a poursuivi sa flambée, du moins jusqu’à la dernière journée de janvier.

« C'ÉTAIT LE MEILLEUR ET LE PIRE DES TEMPS, … »[3]

Le début janvier est un moment propice pour réfléchir au chemin parcouru afin d’avoir une idée de la direction que nous pourrions prendre. En tant que gestionnaires de portefeuille, une façon de mener cet exercice est de réfléchir aux risques qui peuvent se matérialiser et d'évaluer si ces risques semblent sous-évalués ou surévalués par les participants du marché en fonction du positionnement global. Notre réflexion a commencé vers la fin de l'année, mais certains événements clés survenus depuis le début de l'année nous ont forcés à mettre à jour certaines de nos hypothèses. Examinons certains de ces risques un par un, sans ordre particulier.

  • RISQUE no 1 : L'enthousiasme autour de la révolution de l'intelligence artificielle s'essouffle et le Magnificent 7[4] entraîne une importante correction boursière

Fait intéressant, le Magnificent 7 n'a pas porté les marchés en 2025 aussi scandaleusement que les années précédentes. En fait, au sein du groupe, seules Alphabet (la société mère de Google) et Nvidia ont fait mieux que le S&P 500 en 2025. Les cinq autres ont sous-performé. De plus, le ratio cours/bénéfices futur moyen du groupe est d'environ 28, le même niveau qu'il y a 5 ans, mais, plus important encore, nettement inférieur au niveau de plus de 34 atteint à la fin de 2021[5]. Ainsi, bien que le Magnificent 7 a collectivement joué un rôle clé dans la fabuleuse progression du S&P 500, ses bénéfices ont augmenté plus rapidement que le cours de son action. L'enthousiasme peut s'estomper, mais ce risque semble maintenant au moins partiellement pris en compte. En fait, le plus grand risque que les acteurs du marché semblent anticiper est que l'intelligence artificielle soit supérieure aux attentes et qu'elle bouleverse toute l'industrie du logiciel en tant que service. En effet, depuis le début de l’année 2026, le secteur des logiciels a cédé environ 15 % et quelques points de plus en début de février. Les leaders du marché comme SAP et Salesforce ont connu des baisses importantes. Même Microsoft a chuté de 10 % en une journée. Par ailleurs, Oracle a continué de décliner et se situe dorénavant 50 % sous le sommet atteint à la suite de l’annonce de son partenariat avec OpenAI l'été dernier, tandis que Figma, l'une des introductions en bourse les plus attendues de 2025, a perdu plus de 30 % en janvier. L'entreprise a reculé de 80 % depuis la clôture de sa première journée de bourse l'an dernier et ne vaut guère moins de la moitié de ce qu'Adobe a proposé pour la payer en 2022...

À l'heure actuelle, les acteurs du marché semblent plus préoccupés par les actions qui pourraient être perturbées si la révolution de l'intelligence artificielle dépasse les attentes, que par celles qui souffriront en cas d'échec.

  • RISQUE no 2 : Le candidat du président au poste de président de la Réserve fédérale[6] pousse la Banque centrale à trop réduire les taux et déclenche une nouvelle vague d'inflation ou une perturbation du marché des obligations du Trésor américain.

Malgré les gros titres, le marché ne semble pas trop préoccupé par cette situation. La volatilité implicite des marchés des taux d'intérêt et des changes est en chute prononcée depuis la fin avril de l'année dernière et se situe autour de ses plus bas niveaux depuis plusieurs années. C'est une autre façon de dire que les acteurs du marché estiment que les impératifs politiques à court terme et la flambée du coût du service de la dette souveraine n'empêcheront pas la Réserve fédérale d’effectuer son travail, qui est de promouvoir des prix stables, un emploi maximal et une stabilité financière. Peut-être que les participants ont raison et qu'il n'y a rien à craindre... Mais peut-être pas. Pour cette raison, nous continuons de privilégier des stratégies à revenu fixe qui ne sont pas trop exposées aux positions longues sur les bons du Trésor américain, même lorsque le rendement à l'échéance dépasse de loin les rendements de l’encaisse.

  • RISQUE no 3 : Une crise éclate dans le secteur du crédit privé et se propage aux marchés publics.

Ce risque préoccupe beaucoup de gens depuis de nombreuses années. Chaque incident isolé suscite une peur contagieuse. Bien que la grande majorité des fonds de crédit privés cotés en bourse se négocient à des rabais importants par rapport à leur valeur nette d'actifs (« NAV ») déclarée (voir plus bas la section QUAND LES FONDS EVERGREEN VOIENT), les titres obligataires publics et les fonds qui les détiennent reflètent tous deux un état de complaisance extrême. Les écarts de crédit sont essentiellement à des planchers historiques. Comme personne ne semble s'en soucier, c'est un autre domaine où la protection est peu coûteuse. Il faut admettre que nous avons été plus prudents que la plupart à cet égard depuis un certain temps, mais que nos craintes sont demeurées non fondées.

  • RISQUE no 4 : Le krach immobilier résidentiel en Chine persiste pour une cinquième année consécutive et provoque des défauts de paiement des gouvernements locaux et des banques, entraînant un atterrissage brutal à l'étranger.

Le risque d'une contagion associé à la croissance intérieure décevante de la Chine est aussi un risque majeur soulevé depuis plusieurs années. Malgré une baisse pire que prévu des investissements en immobilisations en 2025, les écarts de crédit chinois sont restés extrêmement serrés, tant au niveau souverain, quasi souverain et corporatif. Certaines obligations d'entreprise chinoises cotées en dollars américains ont été plus volatiles à la lumière des tensions géopolitiques croissantes entre la Chine et les États-Unis, mais rien de particulièrement énervant. Il convient de noter que le Renminbi s'apprécie régulièrement par rapport au dollar américain depuis 2023. Dans la mesure où les acteurs du marché sont préoccupés, les indicateurs de sentiment habituel racontent une autre histoire, à savoir que l'assouplissement monétaire et fiscal persistant compense le stress du secteur immobilier et des ménages. Dans cette optique, c'est un autre risque contre lequel il semble peu coûteux de se protéger.

Mentionnons d’autre part qu’en utilisant l'effet de levier des terres rares, la Chine est le seul pays à avoir offert une réponse efficace aux tarifs commerciaux de Washington. De plus, malgré la diminution de son excédent commercial avec les États-Unis, l'excédent commercial global de la Chine pour 2025 a atteint un niveau historique, ce qui confirme que le pays a réussi à trouver de nouveaux marchés pour ses produits et services de façon remarquablement rapide. 

  • RISQUE no 5 : La hausse des rendements des obligations gouvernementales japonaises force la Banque du Japon à intervenir et sa réponse déclenche un autre renversement du « carry trade » du yen, similaire à ce qui s'est produit en juillet 2024.

C'est un risque qui semble avoir été partiellement réévalué la dernière semaine de janvier après avoir été étonnamment ignoré jusque-là. Déjà avant la semaine dernière, le rendement des obligations gouvernementales japonaises à 10 et 30 ans se négociait à des niveaux bien supérieurs à ceux avec lesquels la Banque centrale était à l'aise lors de ses interventions précédentes. De même, le yen japonais s'est déprécié régulièrement par rapport à toutes les autres devises majeures et approchait de creux historiques jusqu'à ce qu'il effectue une remontée dans la dernière semaine du mois. Est-ce un signe qu'une détente a commencé? Nous ne le pensons pas. Premièrement, les taux réels américains et européens demeurent assez intéressants, voire meilleurs qu'il y a quelque temps, du point de vue d'un investisseur japonais qui doit prendre en compte les coûts de couverture de change. Deuxièmement, le nouveau gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, communique sa stratégie avec une clarté atypique, et le marché anticipe des hausses lentes et contrôlées des taux d'intérêt, ce qui signifie que les conditions de resserrement sont au moins partiellement intégrées. Troisièmement, la Banque du Japon détient déjà environ 50 % des obligations gouvernementales japonaises en circulation, et selon certaines sources de fonds spéculatifs, les fonds de pension et assureurs locaux détiennent entre 10 % et 15 % supplémentaires. Historiquement, lorsque ces institutions se sont mises à craindre une intervention de la Banque du Japon, au lieu de rapatrier des actifs étrangers au Japon, elles ont simplement augmenté leur ratio de couverture dans les marchés de change. Puisque ces organisations sont soumises à une stricte surveillance de la gouvernance, les mêmes sources estiment qu'elles agiront probablement de la même façon à l'avenir. Enfin, le positionnement sur le marché du yen ne semble pas aussi extrême qu'à l'été 2024.  En conclusion, le renversement du « carry trade » du yen ne semble pas être parmi les risques les plus préoccupants.

Voilà pour les risques négatifs. Il y en a d'autres. Il est dans la nature humaine de s'inquiéter d'abord à leurs sujets. Nous pouvons ajouter à cela le sentiment que les participants au marché ne semblent pas particulièrement préoccupés par la possibilité que l'occupant de la Maison-Blanche fasse quelque chose qui aura un impact durable. En fait, l'expérience récente suggère le contraire. Les menaces du Groenland allaient et venaient. Les menaces iraniennes allaient et venaient. Les menaces du Canada allaient et ... la plupart du temps, venaient. C'est pareil pour l'Ukraine après que la date limite de l'Action de grâce pour un accord de paix ait été adoptée sans résolution. Même la destitution de hauts fonctionnaires du ministère de la Justice et la tentative de destitution de la gouverneure de la Réserve fédérale, Lisa Cook, semblent être passées inaperçues... Dans cet esprit, notre évaluation est que les participants au marché sont optimistes quant à l‘environnement dans son ensemble. Ils n'ont pas modifié leur positionnement de façon significative ni cherché de protection. Par ailleurs, nous ne pensons pas que le mouvement des prix observé dans le secteur des métaux précieux (jusqu'au dernier jour de janvier, du moins!) traduit un sentiment de crainte majeur. Au contraire, comme mentionné dans la section TEMPÊTE POUR LE MÉTAL JAUNE de notre revue des marchés du 3e trimestre 2025[7], nous pensons que c’est la manifestation la plus récente d’une frénésie spéculative.

Mais qu'en est-il des risques à la hausse? Pourrait-il y avoir des développements positifs qui ne sont pas pris en compte ou sous-évalués? Bien sûr. Par exemple, si les observateurs sont optimistes quant à l'impact du One Big Beautiful Bill sur les dépenses des consommateurs et les marges des entreprises, peu croient que nous assisterons à une augmentation de la productivité à court terme si suffisamment de réglementations absurdes sont supprimées. Mais ce serait positif si cela se produisait. Une autre possibilité serait qu'à un moment donné, l'électorat britannique confie à un nouveau Premier ministre la mission d'annuler, au moins en partie, le Brexit. Il est important de noter que le camp du « re-join » (rejoindre l’Union européenne) mène confortablement le camp du « stay-out » (rester en dehors de l’Union européenne) dans les récents sondages au Royaume-Uni. À un moment donné, les élus pourraient en prendre note.

Équilibrer les risques négatifs et positifs est un exercice délicat parce que ce n'est jamais entièrement tout l’un ou tout l’autre. De ce point de vue, la phrase d'ouverture de Dickens « C'était le meilleur et le pire des temps, … » dans A Tale of Two Cities, cadre bien ici, car c'est une splendide métaphore sur la dualité de la vie en période révolutionnaire.

QUAND LES FONDS EVERGREEN VOIENT ROUGE

Les investissements alternatifs font partie intégrante des portefeuilles des investisseurs institutionnels depuis plus de vingt ans. Dans une étude du début de 2025, Fidelity Investments estimait que les investisseurs institutionnels détenaient en moyenne 25 % de leur portefeuille dans des placements alternatifs[8]. La répartition va aussi bas que ≈ 8 % pour les compagnies d'assurance à un maximum de ≈ 46 % pour les grands fonds de dotation universitaires et les fondations. Nous répartissons les investissements alternatifs en deux grandes catégories : illiquides et liquides. Les stratégies alternatives illiquides incluent le capital-investissement (« private equity »), le crédit privé et les actifs réels privés (immobilier, infrastructure et ressources naturelles, tant en actions qu'en crédit). Selon Preqin[9], les encours dans les alternatives illiquides ont été multipliés par près de quinze pour atteindre près de 15 000 milliards à l'échelle mondiale depuis 2000. Les encours des stratégies alternatives liquides, qui comprennent quant à elle essentiellement les fonds de couverture (« hedge funds »), ont quintuplé à 5 000 milliards sur la même période selon Hedge Fund Research (« HFR »).

En revanche, l'allocation aux investissements alternatifs ne représente que 5 % dans les portefeuilles des investisseurs particuliers. Une combinaison de facteurs allant des contraintes réglementaires, de l'accès limité des gestionnaires, de la compréhension limitée de la stratégie, du coût perçu plus élevé et des minimums d'engagement élevés, pour n'en nommer que quelques-uns, ont freiné la mise en œuvre pour les investisseurs particuliers. Cela dit, grâce à la capacité innovatrice sans faille de l'industrie financière, cette situation a commencé à changer avec l'avènement des fonds evergreen[10]. Comme les fonds traditionnels de marché privé à capital fermé, les fonds evergreen sont conçus pour mettre en commun les capitaux de nombreux investisseurs afin d'investir dans une gamme d'actifs qui ne sont pas cotés en bourse. Mais la comparaison s'arrête là. Les fonds à capital fermé mettent généralement un à deux ans à lever des capitaux auprès des investisseurs. Ils font ensuite des investissements qu'ils espèrent voir s’apprécier avant de les revendre quelques années plus tard. Ils ont généralement une durée de vie finie de 7 à 12 ans. Les fonds evergreen, en comparaison, lèvent continuellement des capitaux auprès d'investisseurs et ont une durée de vie perpétuelle. D'autres caractéristiques clés qui les différencient résident dans le fait que les investisseurs dans les fonds fermés traditionnels doivent attendre la vente des investissements pour récupérer leur capital et sont généralement soumis à la règle de l'acheteur qualifié, qui exige que l'investisseur (entité) ait une valeur nette d'au moins 5 000 000 $ US. Les fonds evergreen, quant à eux, offrent généralement une liquidité limitée de façon périodique, sous certaines contraintes, et n'exigent pas que les investisseurs aient une valeur nette de plusieurs millions. Certains fonds sont même admissibles dans des comptes enregistrés.

Ces différences structurelles influencent le type de fonds que les investisseurs préféreront, selon leurs priorités. L'un des meilleurs articles sur le sujet a été rédigé par Goldman Sachs Asset Management[11], dans lequel les auteurs soutiennent que les préférences des investisseurs devraient dépendre d’un compromis au chapitre des quatre dimensions suivantes :

  • Liquidité et contrôle : il ne fait aucun doute que les fonds evergreen ont l'avantage sur les fonds à capital fermé sur cette dimension. En principe, ils offrent une liquidité périodique plutôt prévisible, bien que limitée, ce qui n'est pas le cas pour les fonds fermés.

  • Complexité : c'est une autre dimension où les fonds evergreen sont supérieurs aux fonds à capital fermé. Dans le cas des fonds evergreen, les investisseurs s'engagent généralement à 100 % dès le premier jour et obtiennent donc une exposition immédiate à un ensemble d'actifs existant qui est connu. Les fonds fermés, quant à eux, déploient le capital levé sur une période allant jusqu'à 5 ans selon les opportunités. Estimer le rythme des prélèvements et distributions de capital par rapport à une allocation ciblée souhaitée aux stratégies alternatives rend les fonds à capital fermés intrinsèquement plus complexes.

  • Disponibilité et accès : les fonds traditionnels à capital fermé sont plus avantageux ici, car la gamme de stratégies disponibles dans cette structure est beaucoup plus large et diversifiée. À cet égard, selon Pitchbook[12], les fonds de crédit privé représentent environ 50 % des stratégies de fonds evergreen, tandis que les fonds d'actifs réels représentent 25 % supplémentaires. Le private equity demeure une partie infime.

  • Impact sur la performance : mesurer l'impact sur la performance est un peu compliqué, car la performance des fonds traditionnels à retrait à capital déterminé est calculée selon la méthodologie du taux de rendement interne (« TRI »), tandis que la performance des fonds evergreen est calculée selon la méthode du taux de rendement pondéré dans le temps (« TRPD »). Pour faire une comparaison équitable, Goldman Sachs a converti les rendements du TRI en rendements TRPD et a constaté que les fonds traditionnels de private equity fermé peuvent offrir entre 2,25 % et 2,75 % des rendements annualisés excédentaires par rapport aux fonds de private equity evergreen, et de 1,50 % à 1,75 % pour les fonds de crédit privés. Parmi les raisons qui expliquent la différence invoquée par les auteurs, il y a le fait que les fonds evergreen doivent maintenir des actifs publics liquides, y compris de l’encaisse, comme réserve afin de pouvoir honorer les demandes provision aux rachats. Les fonds traditionnels à capital fermé ont des opérations de trésorerie plus efficaces.

Pour les investisseurs qui accordent beaucoup d'importance à une liquidité et/ou à une simplification accrue, les fonds evergreen sont préférables. D'un autre côté, pour les investisseurs qui peuvent offrir et préfèrent une disponibilité plus large et recherchent une performance supérieure, les fonds à capital fermé traditionnels sont préférables.

Chez Patrimonica, nous avons déterminé que les familles privilégiaient un accès plus large et une performance attendue supérieure par rapport aux autres dimensions. Ainsi, notre programme de marchés privés est principalement orienté vers les fonds traditionnels de réduction à fonds fermés. De plus, nous avons mis en place diverses solutions logicielles qui minimisent grandement les inconvénients liés à la gestion des appels de capital et des distributions qui accompagnent les fonds à capital fermé. Enfin, en ce qui concerne la dimension de liquidité, après avoir observé de près la liquidation forcée de nombreux fonds lors de la Grande Crise financière de 2008, nous avons toujours douté de la capacité des fonds evergreen à honorer les demandes de remboursement. Notre opinion générale est que, tant qu'un fonds evergreen accumule plus de souscriptions que de demandes de rachat[13], il fonctionne bien. Cependant, lorsque les flux virent au rouge et le demeurent, tout change. Soudainement, le gestionnaire se retrouve dans un dilemme où il doit choisir entre autoriser des distributions périodiques et/ou limiter ou suspendre les rachats, ou vendre des actifs de manière désordonnée pour honorer ces rachats. Fondamentalement, ce qui est inhérent à ces structures, c'est que la liquidité est plus théorique que pratique.

Malheureusement, de nombreux fonds evergreen ont subi ce genre d'épreuve au cours des deux dernières années. Dans un article publié plus tôt cette année, on estimait que sur les quelque 80 milliards de dollars investis dans les fonds evergreen au Canada, 30 milliards sont actuellement soumis à une forme de limitation dans les demandes[14] de remboursement. Notre avis est que ce chiffre pourrait être sous-estimé. Mais la situation n'est pas différente ailleurs, de l'Allemagne aux États-Unis.

Alors, que se passe-t-il lorsque les investisseurs qui s'engagent dans une structure qui promet de fournir de la liquidité partielle découvrent que la structure ne peut plus respecter ses obligations contractuelles? Initialement, les investisseurs (ou leurs conseillers) chercheront des réponses et exerceront des pressions sur le gestionnaire pour qu'il rétablisse les paiements de rachat, tandis que le gestionnaire résistera à le faire. Dans le meilleur des cas, la situation se résout après quelques mois si suffisamment d'investisseurs retirent leur demande de rachats, si le fonds obtient de nouvelles souscriptions, ou si le portefeuille génère suffisamment de liquidités grâce à ses revenus, ses dividendes ou ses ventes d'actifs. Dans le pire des cas, le gestionnaire proposera de racheter les parts des investisseurs à un prix réduit par rapport à la valeur actuelle nette (« VAN »).

À l'heure actuelle, compte tenu des escomptes significatifs qui sont devenus endémiques dans le secteur des BDC (sociétés de développement d'affaires/business development companies), il semble qu'il y ait beaucoup de méfiance envers le processus d'évaluation de ces fonds. C'est presque comme s'il existait un système à double VAN. Il existe une VAN pour les investisseurs qui gardent leurs parts, pour les besoins de déclaration. Ensuite, il y a une VAN pour les investisseurs qui veulent se faire rembourser. Devinez lequel est le plus bas? La différence entre les deux, c'est le prix de la liquidité instantanée!

Équipe d'investissement de Patrimonica

[1] Rendement en devise locale sauf indication contraire.

[2] Croissance, Valeur, Momentum et Défensif.

[3] Dickens, Charles, « A tale of Two Cities », Londres, 1859. Publié en français sous le titre : Un conte de deux villes, traduit par Jeanne Métifeu-Béjeau, (1989)

[4] Un groupe de sociétés à méga capitalisation : Alphabet (f/k/a Google), Amazon, Apple, Meta (f/k/a Facebook), Microsoft, Nvidia, & Tesla.

[5] Source : Bloomberg, Yardeni Research.

[6] Nous notons que le président Trump a nommé Kevin Warsh pour ce poste le 31 janvier, mais il n'avait pas encore été confirmé au moment d’écrire ces lignes.

[7] Revue des marchés du 3e trimestre 2025

[8] Fidelity Investments, Étude sur les allocations à des placements alternatifs par des institutions et des conseillers financiers, 27 mars 2025

[9] Preqin, Future of Alternative 2029 Report.

[10] Comprend les fonds d'intervalle (fonds communs de placement non cotés avec fenêtres de liquidité contractuelles mensuelles ou trimestrielles), les fonds d'achat (fonds communs non cotés qui proposent de racheter une partie des parts des détenteurs de parts au niveau de liquidité du fonds), les fiducies d'investissement immobilier (sociétés cotées ou non cotées qui possèdent des actifs générant des revenus pour assurer une liquidité et un revenu réguliers) et les sociétés de développement d'affaires (business development companies,« BDC ») (sociétés cotées ou non cotées qui prêtent ou effectuent des investissements en actions dans d'autres entreprises).

[11] GS Asset Management, Juliana Hadas, Dan Murphy, « Un regard plus approfondi sur les structures de fonds de marché privé », Perspectives, numéro 10, quatrième trimestre 2024.

[12] Pitchbook, quatrième trimestre 25. Paysage des fonds evergreen américains

[13] Les souscriptions dépassant les remboursements.

[14] Source : Bloomberg, « Comment les fonds immobiliers fermés remodèlent le marché canadien », 12 janvier 2026.

Image en tête de page : Les Bulles de savon réalisé par le peintre Édouard Manet en 1867 — œuvre du domaine public — Source : The Metropolitan Museum of Art

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